Post Catastrophe

J'étais en vacances et j'ai été évacué

Vous étiez en vacances et vous avez été évacué. Deux choses vous sont dues, et elles ne se demandent pas au même endroit : vos affaires perdues d'un côté, votre séjour non consommé de l'autre. Commencez par le séjour, c'est le plus urgent.

Étape 1 — Papiers, contacts, preuves

Vous êtes parti vite, et souvent sans rien. Trois choses à faire avant de penser à l'argent.

Une cellule d'information peut exister.

Une cellule d'information du public peut être ouverte pour l'événement. Quand c'est le cas, elle figure au fil de cette page, avec son émetteur et sa source.

Étape 2 — L'inventaire, tant que c'est frais

Un inventaire fait dans la semaine vaut trois fois un inventaire fait dans deux mois. Vous vous souvenez encore de ce qu'il y avait dans le coffre et sous l'auvent.

Listez pièce par pièce, sac par sac. Cherchez vos preuves d'achat dans vos courriels et vos relevés bancaires : c'est là que se trouvent la plupart des factures que vous croyez perdues.

Étape 3 — Un, deux ou trois assureurs

Selon ce que vous aviez et ce que vous avez perdu, plusieurs contrats peuvent jouer, et ce ne sont pas les mêmes interlocuteurs.

Vos affaires personnelles relèvent en général de la garantie villégiature de votre assurance habitation. Votre caravane ou votre camping-car relèvent de votre contrat automobile. Un mobil-home qui vous appartient relève d'un contrat propre.

Déclarez à chacun séparément, en indiquant à chaque fois les autres contrats susceptibles de couvrir le même dommage.

Ce que couvre la villégiature.

La plupart des contrats d'assurance habitation comportent une garantie dite de villégiature, qui couvre les biens que vous emportez lors d'un séjour temporaire hors de votre domicile. C'est très souvent la garantie qui joue quand vos affaires ont brûlé dans un camping ou une location.

Elle est presque toujours plafonnée, en pourcentage du capital mobilier ou en valeur absolue, et limitée dans le temps, souvent à quelques semaines par an. Certains objets, matériel de sport, bijoux, matériel informatique, font l'objet de plafonds particuliers.

Cherchez dans vos conditions les mots villégiature, séjour temporaire, ou biens hors du domicile. Si vous ne trouvez rien, posez la question par écrit à votre assureur : sa réponse vous fixera.

Il s'agit d'une garantie contractuelle. Aucune loi n'en fixe le contenu, et deux contrats voisins peuvent donner des résultats très différents.

Mobil-home, caravane, camping-car.

Si l'hébergement détruit vous appartenait, il relève d'un contrat qui lui est propre, distinct de votre assurance habitation.

Un camping-car et une caravane sont des véhicules : ils relèvent d'un contrat d'assurance automobile, et la question est de savoir si vous aviez souscrit une garantie incendie ou une formule tous risques, la seule garantie obligatoire étant la responsabilité civile.

Un mobil-home installé sur un emplacement relève en général d'un contrat spécifique. Vérifiez ce qu'il couvre, et surtout s'il couvre le contenu, qui est souvent l'objet d'une garantie distincte du bâti.

Trois questions à poser par écrit à votre assureur : l'hébergement lui-même est-il garanti contre l'incendie, le contenu l'est-il, et selon quelle valeur l'indemnité est-elle calculée.

Attention à la double déclaration : la responsabilité de l'exploitant du camping peut être recherchée par ailleurs, ce qui est une question distincte de votre propre garantie.

Plusieurs assurances pour le même bien.

L'assurance de biens est un contrat d'indemnité : l'indemnité ne peut pas dépasser la valeur de la chose au moment du sinistre.

À l'inverse, si la valeur de vos biens au jour du sinistre dépasse la somme garantie au contrat, vous êtes considéré comme restant votre propre assureur pour la différence, et vous supportez une part proportionnelle du dommage. C'est la règle proportionnelle de capitaux.

Deux points à vérifier avant de vous y résigner.

D'abord, cette règle s'applique sauf convention contraire. De nombreux contrats comportent une clause qui y renonce. Cherchez dans vos conditions les mots renonciation à la règle proportionnelle, ou dérogation à la règle proportionnelle.

Ensuite, votre contrat doit rappeler les dispositions légales relatives à cette règle, sauf lorsqu'elle est inapplicable de plein droit ou écartée par une stipulation expresse. Si votre assureur l'applique et que vous ne trouvez pas ce rappel, demandez-lui par écrit où il figure.

Enfin, si vous êtes assuré auprès de plusieurs assureurs pour le même bien et le même risque, vous devez en informer chacun d'eux, et vous pouvez demander l'indemnisation à l'assureur de votre choix.

Légifrance

Le délai de déclaration.

Un contrat d'assurance fixe un délai pour déclarer un sinistre. La loi impose que ce délai soit d'au moins cinq jours ouvrés, à compter du moment où vous avez connaissance du sinistre. Votre contrat peut prévoir plus long, jamais moins.

Pour les incendies de Gironde, des Landes et du Var, les assureurs ont porté ce délai au 31 août 2026.

Un retard ne vous fait pas perdre automatiquement votre indemnisation. Pour vous l'opposer, l'assureur doit réunir deux conditions : que votre contrat prévoie expressément cette sanction, et qu'il établisse lui-même que votre retard lui a causé un préjudice. La charge de cette preuve pèse sur lui, pas sur vous.

Cette sanction est en outre écartée dans tous les cas où le retard est dû à un cas fortuit ou à un cas de force majeure. Si l'accès à votre logement vous a été interdit, notez la date de l'interdiction et celle de votre retour, et conservez la trace de la décision qui vous a évacué.

Déclarez malgré tout le plus tôt possible. C'est la déclaration qui ouvre le dossier, déclenche l'expertise et permet de demander une avance.

Une clause qui vous priverait de garantie au seul motif d'un retard dans l'envoi de vos pièces est nulle. Votre assureur peut demander réparation du dommage que ce retard lui a causé, il ne peut pas vous priver de votre indemnité pour cette raison.

Légifrance

France Assureurs

Étape 4 — Écrivez avant les autres

L'exploitant traite en même temps tous les clients de la saison. Celui qui écrit clairement et le premier est traité en premier. C'est la seule étape de ce parcours où la vitesse a un effet direct sur le résultat.

Avant d'écrire, déterminez comment vous aviez réservé : votre régime en dépend entièrement.

Si c'était un forfait.

Si votre séjour combinait au moins deux prestations différentes vendues ensemble, transport et hébergement par exemple, ou s'il vous a été vendu à un prix tout compris ou sous le nom de forfait, vous relevez d'un régime protecteur.

Séjour non commencé. Vous pouvez résoudre le contrat sans payer de frais si des circonstances exceptionnelles et inévitables survenues au lieu de destination ou à proximité immédiate ont des conséquences importantes sur l'exécution du contrat ou sur votre acheminement. Vous avez alors droit au remboursement intégral des sommes versées, mais pas à un dédommagement supplémentaire.

Séjour interrompu. Vous avez droit à une réduction de prix appropriée pour toute période pendant laquelle les prestations n'ont pas été conformes à ce qui était prévu. Ce droit à réduction n'est écarté que si l'organisateur prouve que la non-conformité vous est imputable. Le fait qu'il s'agisse d'un incendie, donc d'une circonstance exceptionnelle, ne le supprime pas : cette circonstance écarte les dommages et intérêts, pas la réduction de prix.

Retour impossible. Si votre retour ne peut être assuré comme prévu en raison de ces circonstances, l'organisateur prend en charge l'hébergement nécessaire, si possible de catégorie équivalente, pour trois nuitées au maximum par voyageur. Cette limite ne s'applique pas aux personnes à mobilité réduite et à leurs accompagnants, aux femmes enceintes, aux mineurs non accompagnés et aux personnes nécessitant une assistance médicale spécifique, à condition que l'organisateur ait été prévenu de ces besoins particuliers au moins quarante-huit heures avant le début du contrat.

Assistance. L'organisateur doit vous apporter une aide appropriée dans les meilleurs délais si vous êtes en difficulté.

Écrivez vite. Vous devez informer l'organisateur de toute non-conformité dans les meilleurs délais. Si vous êtes passé par une agence, vous pouvez lui écrire à elle : la date de réception par l'agence vaut date de réception par l'organisateur.

Aucune clause ne peut vous priver de ces droits. Une stipulation contractuelle ou une déclaration qui y renonce ou les restreint ne vous est pas opposable, et un professionnel ne s'en libère pas en déclarant qu'il n'agit qu'en qualité d'intermédiaire.

Vos réclamations à ce titre se prescrivent par deux ans.

Légifrance

Si vous aviez réservé en direct.

Une réservation faite directement auprès du camping, du gîte ou du propriétaire qui vous héberge ne relève pas du régime des voyages. Elle relève du droit commun des contrats, qui vous protège autrement.

Le principe. Lorsqu'un événement échappant au contrôle de l'exploitant, imprévisible lors de la conclusion du contrat et dont les effets ne pouvaient être évités, l'empêche de vous fournir l'hébergement, son obligation est atteinte. Si cet empêchement est temporaire, l'exécution est suspendue. S'il est définitif, le contrat est résolu de plein droit et chacun est libéré de ses obligations.

Ce que vous récupérez. Quand un contrat s'exécute au fur et à mesure, comme une nuitée après l'autre, il n'y a pas de restitution pour la période déjà accomplie, mais il y en a une pour ce qui n'a pas été fourni. Autrement dit : les nuits que vous avez passées restent dues, celles que vous n'avez pas pu passer doivent vous être rendues.

Si votre séjour n'avait pas commencé et que l'hébergement ne pouvait pas être fourni, rien n'a été exécuté, et l'intégralité de ce que vous avez versé a vocation à vous être restituée.

Une nuance importante. Ce raisonnement suppose que l'exploitant ait été empêché de vous héberger, par une évacuation, une fermeture ou une destruction. Il est plus fragile si le camping était ouvert et que vous avez choisi de partir par précaution. Dites les choses telles qu'elles se sont passées.

Les conditions générales. Elles prévoient parfois une retenue ou des frais d'annulation. Ne partez pas du principe qu'elles s'appliquent telles quelles à une prestation qui n'a pas pu être fournie : demandez par écrit sur quelle base la retenue est appliquée.

Légifrance

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Comment savoir.

C'était un forfait si vous avez acheté au moins deux prestations différentes ensemble pour le même séjour, transport et hébergement par exemple, auprès d'un même vendeur, à un prix tout compris, ou sous le nom de forfait ou de séjour organisé.

C'était une réservation directe si vous avez réservé un emplacement, un locatif ou un meublé auprès de celui qui le fournit, sans autre prestation.

En cas de doute, regardez votre facture : un prix unique pour un ensemble de prestations vendues par un même professionnel oriente vers le forfait.

Étape 5 — Ce que vous avez dépensé pour rentrer

Le retour anticipé, l'hébergement d'une nuit sur la route, le remplacement en urgence de ce qui vous manquait : ces dépenses peuvent être prises en charge, et elles sont presque toujours oubliées.

Trois endroits où chercher, dans cet ordre : les garanties de la carte bancaire avec laquelle vous avez payé le séjour, l'assistance rattachée à votre contrat d'assurance habitation ou automobile, et, si votre séjour était un forfait, l'organisateur lui-même.

L'argent que personne ne réclame.

Si vous avez réglé votre séjour avec une carte bancaire haut de gamme, elle comporte probablement des garanties d'annulation et d'interruption de séjour. Elles jouent quand le voyage a été payé avec la carte, et elles sont déjà financées par votre cotisation.

C'est l'une des sommes les moins réclamées après un événement de ce type, parce que presque personne n'y pense au moment où il rentre.

Deux points d'attention. Le délai de déclaration est en général court, souvent quelques jours après le retour, et il figure dans la notice d'information de votre carte. Et ces garanties se coordonnent avec les autres : ce qui vous a déjà été remboursé par l'exploitant ou par votre assureur ne le sera pas deux fois.

Cherchez la notice d'information de votre carte, en général disponible dans votre espace bancaire en ligne. Appelez le numéro d'assistance qui y figure et demandez, par écrit ensuite, si votre situation entre dans le champ des garanties.

Étape 6 — Les suites

Vous êtes un particulier, donc un consommateur : la voie de recours gratuite vous est ouverte.

Pour un litige avec votre assureur, la marche à suivre est la réclamation écrite au service réclamations, puis le médiateur de l'assurance.

Pour un litige avec l'exploitant ou l'organisateur du séjour, la même logique s'applique : réclamation écrite d'abord, puis le médiateur de la consommation dont il relève. Ses coordonnées doivent figurer sur son site et dans ses conditions générales.

Rappelez-vous que les réclamations fondées sur le régime des voyages se prescrivent par deux ans.

La voie de recours.

Si votre contestation reste sans réponse satisfaisante, il existe une voie gratuite avant le tribunal.

Première étape, obligatoire : adresser une réclamation écrite au service réclamations de votre assureur, en recommandé avec accusé de réception. Ses coordonnées figurent dans votre contrat. Cette étape conditionne la suivante.

Seconde étape : si votre assureur n'a pas répondu au bout de deux mois, ou si sa réponse ne vous satisfait pas, vous pouvez saisir La Médiation de l'Assurance. La saisine est gratuite, en ligne ou par courrier, et vous pouvez vous faire assister sans y être obligé. Elle doit intervenir dans l'année qui suit votre réclamation écrite.

Le médiateur rend une proposition motivée, en principe dans les quatre-vingt-dix jours suivant la notification de recevabilité de votre dossier, délai prorogeable pour les dossiers complexes. Cette proposition ne s'impose ni à vous ni à votre assureur, et elle ne vous ferme jamais l'accès au tribunal.

Pendant la médiation, le délai pour agir peut être suspendu, selon la mécanique de l'article 2238 du Code civil. Ne comptez pas dessus si votre échéance est proche : une lettre recommandée portant sur le règlement de votre indemnité, elle, remet le délai à zéro.

La Médiation de l'Assurance

Le temps qui court.

Deux mécanismes différents, à ne pas confondre. Interrompre le délai le remet à zéro : c'est ce que fait votre lettre recommandée. Suspendre le délai le met en pause : c'est ce que fait une médiation. Le premier est plus puissant et plus simple à déclencher.

Les actions qui découlent de votre contrat d'assurance se prescrivent par deux ans, à compter de l'événement qui leur donne naissance. Passé ce délai, vous ne pouvez plus rien réclamer.

Une exception existe, et une seule : les dommages causés par des mouvements de terrain consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols, reconnus en catastrophe naturelle, se prescrivent par cinq ans. Cette exception ne s'applique pas aux contrats qui étaient déjà en cours le 30 décembre 2021. Elle ne concerne ni l'incendie, ni l'inondation, ni les autres aléas, qui restent à deux ans.

Le point de départ peut être reporté. Si vous avez ignoré l'existence du sinistre, le délai ne court que du jour où vous en avez eu connaissance, à condition de pouvoir établir cette ignorance. C'est fréquent pour des désordres qui apparaissent lentement.

Le compteur s'interrompt et repart à zéro dans plusieurs cas. Le plus simple à mettre en œuvre : adresser à votre assureur une lettre recommandée avec accusé de réception, ou un envoi recommandé électronique avec accusé de réception, portant sur le règlement de votre indemnité. Une lettre qui porte sur un autre sujet n'a pas cet effet. La désignation d'experts à la suite du sinistre interrompt également le délai.

Une médiation peut suspendre le délai. Attention à la mécanique : la suspension court du jour où vous et votre assureur convenez de recourir à la médiation, ou, à défaut d'accord écrit, du jour de la première réunion. La charte de La Médiation de l'Assurance prévoit pour sa part que la saisine suspend le délai, mais il s'agit d'un engagement des assureurs adhérents, pas d'une règle du Code civil.

Conséquence pratique : ne comptez pas sur une médiation pour arrêter le compteur si votre échéance est proche. Envoyez d'abord une lettre recommandée avec accusé de réception portant sur le règlement de votre indemnité. Elle, elle interrompt le délai, qui repart alors intégralement à zéro.

Bonne nouvelle une fois la médiation terminée : le délai repart pour six mois au minimum, même s'il ne vous restait que quelques jours.

Votre assureur ne peut ni raccourcir ce délai, ni compliquer les moyens de l'interrompre, même avec votre accord.

Un dernier point, peu connu. Pour pouvoir vous opposer cette prescription, votre assureur doit avoir reproduit dans votre contrat les dispositions qui la régissent, y compris ses points de départ et ses causes d'interruption. Une simple référence à des numéros d'articles ne suffit pas, selon une jurisprudence constante de la Cour de cassation. Si vos conditions générales ne les reproduisent pas, signalez-le dans votre réclamation : c'est un point que le médiateur examinera.

Légifrance

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